Les Eveillés

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Les Eveillés

Message par Thierry le Dim 20 Nov - 15:35

Le récit d’un couple en crise qui s’engage sur un sentier de randonnée mais en démarrant chacun à une extrémité. Ils marchent l’un vers l’autre en espérant se retrouver, renouer deux vies que les douleurs ont alourdies, fissurées, séparées.

Les traumatismes, les refoulements, les conditionnements, la recherche de l’être intime, hors de tous modèles, l’émergence de l’individu libéré, des expériences mystiques qu’ils ne s’expliquent pas, une quête spirituelle qui va s’amplifier…

Je ne l'ai envoyé qu'à deux maisons. Laura Mare avait décidé de le publier tout comme "Une étrange lumière" et "Plénitude de l'unité".
Son arrêt de tout projet de publication m'a enlevé le désir de toute autre recherche.

J'en suis arrivé à écrire pour moi en fait. Surtout ce livre-là.
_________________________________________________________________________________________________________________________LES EVEILLES

1

Elle met les écouteurs de son MP3. Impossible de vivre sans musique depuis quelques mois. Elle doit couvrir les douleurs, rester branchée sur ses émotions, sans que les actes à accomplir ne pèsent exagérément, se mettre à l’abri, tournée vers son être intime quand les obligations quotidiennes déferlent. Autrefois la musique n’avait pas cette importance. Elle ne servait qu’à combler le silence quand celui-ci était trop criant. C’était juste un bruit de fond qui étouffait les rumeurs intérieures.

Elle démonte la tente.
Elle est arrivée la veille au soir. Un petit camping près d’une rivière. Le gérant l’a laissée s’installer au fond du champ. L’isolement relatif lui convenait parfaitement. Elle avait à peine grignoté, les yeux dans le vide, le ventre serré. Les images de la gare repassaient en boucle, elle n’y pouvait rien, elles étaient plus fortes que sa volonté de s’en détacher, elles trouvaient toujours une faille dans les résistances érigées et revenaient à l’assaut. Rien à faire.
Yoann l’avait longtemps serrée sur le quai. Il n’avait jamais cessé de sourire, de la couvrir d’attention, de l’embrasser, de caresser son dos, son visage, sa nuque, de baiser son front, ses joues. Il lui avait parlé avec délicatesse, trouvant les mots justes, les flux nourriciers, les sèves qui soutiennent. La force de ses paroles, cette capacité à la soutenir et simultanément sa fragilité, cette peur insoumise devant ses propres ressentis. Il diffusait tant d’amour et s’interdisait tant de s’aimer.

Elle attache le tapis de sol sur le haut du sac. Elle mange une barre de céréales.

Son train partait avant le sien. Il l’avait accompagnée dans le wagon. Ils s’étaient embrassés, une marée de chaleurs en elle, la douceur de ce geste, tout l’amour qu’il contenait. Et pourtant, cette impatience qui la tourmentait, ce désir d’éloignement qui n’en pouvait plus d’attendre. Une confrontation redoutable en elle, deux entités qui s’étaient matérialisées dans des flots d’émotions antagonistes.

« Je t’aime Leslie. Plus que tout. Tu es ma source de vie.»
Sa voix s’était cristallisée en elle, les mots s’étaient calfeutrés dans un cocon. Et puis cette impression soudaine, cette gifle cinglante, la certitude que les mots creusaient une fosse en elle, un puits sans fond dans lequel elle se noyait déjà.
Une fois sur le quai, il ne l’avait pas quittée des yeux.
Le train avait démarré, elle avait collé son front sur la vitre, il avait suivi le wagon pendant quelques mètres, un baiser avec la main, elle l’avait saisi et placé contre son cœur, les larmes étaient montées, il s’était arrêté, elle avait eu du mal à respirer, une boule dans la gorge, les frissons qui ruissellent, elle avait murmuré un « je t’aime » en s’appliquant à articuler lentement, des mots brûlants comme des tisons, des paroles forcées.
Il avait souri, les yeux brillants. Il avait disparu lentement, elle n’avait pas supporté, elle s’était appuyée contre le dossier.
Le MP3, les yeux fermés, une douleur dans son ventre.
Elle s’était enfuie.


C’était hier matin. L’impression de l’avoir quitté depuis des semaines.
Cette douleur insoumise et pourtant partir… Comme une épreuve inévitable.

Elle met le sac sur son dos. Douze kilos. Ils n’ont pas réussi à l’alléger davantage. D’habitude, il se charge du matériel le plus lourd. Elle sait qu’elle aura mal aux épaules pendant un ou deux jours puis que les douleurs disparaîtront. Juste une question de temps. Elle en a l’expérience.
Elle passe à l’accueil régler la nuit. Elle demande au gérant la direction du GR. Il lui donne quelques explications et lui souhaite une bonne randonnée. La sincérité de la voix. Le vieux monsieur a un regard si doux. Quelque chose de Jacques Dufilho. Un peu aussi de la douceur de son père. Une étrange émotion. Un désir de câlins, de tendresse, de réconfort. Ce vide de son enfance. Dans le potager avec son père. Il lui apprenait la science de la terre. Cette patience et ce respect des dons naturels, elle ne les a jamais perdus. Mais cette transmission d’un savoir ancestral n’avait pas remplacé la rencontre émotionnelle. La blessure n’avait jamais guéri. La pudeur de ce père, cette retenue continuelle, la peur de laisser parler son cœur, elle les avait retrouvées chez Yoann. Ses élans amoureux ne remplaçaient pas ses silences prolongés. Cet isolement dans lequel il aimait plonger.
Elle salue le vieil homme et prend la route.

Les bâtons de randonnée comme un tempo qui s’installe, resserrer les sangles du sac, lire le paysage, deviner les cheminements, s’éblouir des couleurs, du silence, de la pureté de l’air, ce bleu du ciel comme une mélodie câline.
Et pourtant une pénible inquiétude au creux du ventre, les pensées qui s’enchaînent et ruissellent dans ses entrailles, si longtemps que tout est là.
Cette peur d’être enfermée dans des schémas figés, d’être ballottée, même dans les choix primordiaux, au gré des refoulements inconscients, des blessures narcissiques, d’une enfance qui suinte comme une plaie. L’analyse depuis un an fissure peu à peu les carapaces, entame les résistances, craquelle les vieux murs de son inconscient endurci. Cette effervescence, ce chaos depuis des semaines, ces interrogations sempiternelles, incontrôlables, ce besoin impérieux de les étreindre comme un désir de maîtrise et pourtant s’y perdre inévitablement. Elle devait partir.





Il marche sur le sentier caillouteux. Il a quitté la ville à six heures. Une courte nuit dans un hôtel. Très peu dormi, une agitation rebelle, les pensées courant dans son corps comme des vents infatigables.
Le chemin ombragé monte vers les collines qui ferment l’horizon. Aucun intérêt pour le paysage. Il marche mécaniquement, la carte dans une poche latérale du sac, à portée de mains. Le balisage parfaitement visible, aucun risque de se perdre. Il avance les yeux baissés, juste attentif aux pierres et aux irrégularités de la pente.

Il se revoit assis sur le banc de la gare.
Il attend son train. Leslie est partie. Le parfum de sa peau sur ses mains, quelques caresses sous son polo, les doigts qui jouent dans ses boucles blondes, ses regards, la brillance de ses yeux verts. Comme un antalgique.
Immersion dans un cocon de souvenirs plus présents que la réalité qui l’entoure.

« Tu verras, ça ira bien, ne pense pas à moi. On ne sera pas séparé. L’espace physique n’a pas d’emprise sur nous. Ca sera juste une autre présence. Tout sera à l’intérieur. Et je suis certain que ça sera très beau. Pense à toi, écoute tout ce qui se passe, c’est la première fois en dix-neuf ans, tu te rends compte de tout ce qui a dû s’enfouir pendant ce temps, tout ce qui a été recouvert par toutes les urgences à assumer, toute l’attention qu’on a portée aux enfants. Maintenant, c’est notre tour. Il faut qu’on se retrouve, qu’on fasse le point, qu’on laisse remonter à la surface tout ce qui a coulé. »

Il avait cherché à cacher ses propres doutes, à être solide pour la soutenir mais une fois seul, cette attitude protectrice qui le nourrissait s’était effondrée. Plus personne à veiller. Les carapaces étaient tombées. Nu, sans rôle à tenir, sans mission à effectuer, tout ce qui l’avait lui-même constitué, tout ce sur quoi il s’était construit s’était évanoui.
En quelques instants, dix-neuf ans de vie commune avaient été balayés par l’absence de Leslie. Une bourrasque. Il se voyait comme un pilier et ne tenait pas seul debout. La révélation lui avait sauté à la gorge.
Les yeux fixes, assis sur le banc, le sac entre les jambes, aspiré par le néant.
Déjà, le départ des enfants l’avait perturbé. Une échéance qui approchait.
Flora était partie au Togo pour une mission humanitaire. Loïs participait au recensement des phoques sur les côtes nord de la Bretagne et Tom faisait un stage de voile. Quatre semaines. Ce n’était pas la première fois qu’ils partaient chacun de leur côté. Ils étaient enchantés, ils avaient choisi leur séjour. La première fois par contre que les parents les imitaient et étrangement les enfants n’avaient eu aucune réaction. Il en avait parlé avec Leslie. Elle en était soulagée. Cette peur qu’ils craignent une mésentente dans le couple.
De voir la famille libérée de toute inquiétude, il avait pu se débarrasser de ses angoisses habituelles et s’autoriser à desserrer les nœuds de ses entrailles. Juste un répit.

Un petit panneau indicateur, le nom du col qu’il vise. Deux heures de montée.

Son train était arrivé. Cinq minutes d’arrêt. Son gros sac ne tenait pas dans les porte-valises, il l’avait laissé par terre, seul dans le compartiment, il s’était assis lourdement, comme fatigué par sa solitude. Le quai qui défile. Cette distance qui s’installait. Insupportable. Une déchirure. Comme si son intégrité physique n’existait pas. Une part de lui en Leslie. Qui était-il désormais ? La question l’avait frappé. Une gifle. Deuxième choc. Il avait été soulagé des réactions des enfants mais il était confronté désormais à tout ce qui vibrait en lui et le concernait directement. Un paravent disparu. Il s’était appuyé contre la paroi du compartiment, les yeux inertes et il s’était retiré dans l’absence.
Leslie n’aimait pas le voir s’échapper ainsi, s’enfermer dans un monde intérieur qui semblait l’absorber, le fossiliser. Elle disait que la vie paraissait ne plus l’atteindre. Il pouvait rester fixer un objet ou le paysage avec une précision totale sans la moindre émotion, le moindre ressenti, la moindre réaction, la plus infime pensée. Son attention était réelle, il pouvait conduire, pédaler, marcher dans cet état, sans aucun risque pour lui ou les autres mais son esprit était vide, éteint, en pause. Il aimait ces instants de solitude, ces évasions régénératrices. Il en revenait apaisé.
Il savait très bien d’où venait ce besoin vital de se retirer du monde. Et il évitait d’y penser. L’agitation de la vie quotidienne avait l’avantage d’étouffer les introspections.
Mais maintenant ? Dix-neuf ans qu’il vivait par personnes interposées. Plus longtemps encore s’il remontait dans sa vie. Il avait seize ans quand sa vie avait basculé. Qu’allait-il se passer maintenant ? C’est Leslie qui avait eu l’idée de cette marche.

« On part de la même gare mais à l’opposé l’un de l’autre. On rejoint les deux extrémités du même GR et on marche seul jusqu’à se retrouver. Il nous faudra quatre jours. J’ai déjà étudié le parcours. Il y a beaucoup de torrents alimentés par des névés, aucun problème pour l’eau. Assez de villages pour le ravitaillement, on n’aura pas besoin de se charger en nourriture.»

Elle avait annoncé son idée pendant une nuit d’amour. Ils étaient allongés sur les draps, les mélodies infatigables des grillons en fond sonore, elle était venue se blottir contre lui, il l’avait enlacée, elle avait dit qu’elle avait quelque chose d’important à lui proposer. Il n’aurait jamais imaginé un tel projet … Un tourbillon d’images affolées jusqu’au malaise. Il n’avait rien dévoilé. Elle était si enthousiaste.
Piégé. Cette soif constante d’abreuver Leslie de ses attentions protectrices, de l’accompagner dans ses cheminements intérieurs, cette exigence qui le nourrissait et sur laquelle il se bâtissait. Il ne pouvait pas leur opposer ses craintes. Elle ne l’aurait pas compris. Il ne s’était jamais dressé contre ses rêves, il s’y était immiscé, leur avait apporté son propre imaginaire, il voulait rêver avec elle et cloîtrer son inconscient dans des abîmes oubliés. Et introuvables. Un couvercle de tombe sur les souvenirs enterrés.

Il entre dans la mélodie des gestes. Il ne lui faut jamais longtemps pour goûter à l’enveloppement procuré par la marche. Une bulle qui l’entoure, une aura protectrice, un placenta reconstitué. Rien n’est fermé pourtant. Ses regards peuvent s’étendre jusqu’aux confins des horizons, ses oreilles enregistrent le babillage du ruisseau, les trilles des oiseaux, la houle sourde des vents d’altitude, les parfums des plantes grasses et des pierres gorgées de soleil embaument ses narines. Totale réception mais il peut dès qu’il le souhaite restreindre considérablement le champ de ses émotions et les ramener vers son espace intérieur. La bulle est extensible et il la maîtrise. Il lui suffit de laisser croître une pensée, nourrie par la sève de sa tranquillité, pour s’extraire du monde physique et limiter l’espace à cet écrin délicieux. Puis la pensée s’éteint et il ne reste rien.
Un amour réel pour la marche, l’apaisement absolu qu’il y trouve, un refuge incomparable. Même avec Leslie et les enfants. Il lui suffisait de quelques secondes. Pendant des années, il avait réservé ses voyages spirituels à ces instants de solitude. Il ne cherche plus à résister à ce besoin impérieux et Leslie en souffre. Elle le lui a dit. Et il n’aime pas cette culpabilité qui le ronge lorsqu’il se réfugie dans l’écrin de son absence.
Ce bonheur qui lui est proposé dans cette situation particulière. Il est libre. Mais cette liberté si brutalement accordée l’enchaîne à ce vide d’attention qui le laisse démuni.
Il doit se retrouver.
Mais où est-il ?
En lui des agitations frénétiques, des énergies réveillées qui chercheraient à s’extirper d’une gangue fissurée, des forces enfouies sous des gravats de résistances. Il devine dans cette effervescence intime des compréhensions à saisir mais il perçoit aussi les douleurs à recevoir. Sa solitude et l’absence d’attentions à maintenir l’autorisent à pousser la porte, la pièce est encombrée, il le sait. Mais il n’a plus aucune excuse. Il retient ce geste depuis si longtemps, avec une telle obstination, un tel déni. Cette attitude est en partie responsable des tourments du couple. Et c’est une douleur constante.

Il est entré sous les frondaisons épaisses des feuillus. Il se sent étrangement surveillé. L’impression n’est pas nouvelle mais dans le silence immobile et ombragé de la forêt elle prend une dimension troublante.

Tout avait commencé avec Hélène … Trois hernies discales en même temps.
Une première opération manquée à vingt-quatre ans. Une autre à trente-neuf. Puis à quarante-deux ans, ces trois hernies qui apparaissent avec une fulgurance et une violence effroyable. Hélène … Dans quel état serait-il aujourd’hui sans elle ? Leslie n’avait pas clairement réalisé ce qu’il avait vécu. Mais elle avait tellement souffert de cette situation. A sa guérison, le soulagement l’avait privée des compréhensions. Il avait parlé de ses expériences de conscience modifiée dans ses romans. Il ne parvenait pas à s’expliquer directement. Puis Leslie avait basculé à son tour dans cette dimension étrange. L’analyse avait libéré en elle des marées d’émotions captives. Cette musique qui avait tout déclenché. Le premier « voyage. » Comme si tout cela s’inscrivait dans un cheminement commun, deux routes parallèles sur lesquelles ils progressaient. Il n’avait pas réussi à la suivre. Elle avait pris en quelques mois une avance considérable. Il avait du mal à en avoir une vision précise.

Un fatras temporel, émotionnel, psychologique, spirituel, comme un combat en lui, un champ de bataille jonché de cadavres, l’abandon de tout, un refus des évidences, une fuite acharnée, un chaos indescriptible. Des chapitres qui se sont mélangés dans une trame décousue, délaissée, effilée. Il a tout fait pour ne pas rester drapé dans les souvenirs sans réaliser à quel point cette volonté constituait le pire des linceuls.

Et parfois ce regard étrange, cette présence inexplicable. Il se sentait accompagné et protégé.
Certaines nuits d’écriture, des pages remplies, sans aucun effort, ses doigts parvenant à peine à suivre le rythme effréné de ses pensées, un flux continu de mots, l’incroyable clarté de ses idées, comme s’il n’était qu’un puits sans fond dans lequel tombaient en cascade des torrents libérés, ce courant indomptable en lui.
Un matin, après des heures de réception fébrile, il avait senti monter les larmes. Il les avait retenues. Il s’en souvient bien. Toujours cette armure archaïque.
Il s’était relevé au milieu de la nuit, un besoin irrépressible. Le héros du roman l’avait appelé, il allait mourir de froid sur les pentes de la montagne, il devait le sauver. La mort, la douleur, la détresse, l’âme, le destin, un cheminement incompris, des torrents, des bourrasques dans son esprit en feu.
Il avait écrit pendant des heures, la fenêtre ouverte, le corps nu luisant de sueur, les yeux exorbités, fixant les mots qui s’alignaient. Il avait quitté la pièce, envahi par une peur sourde, il était sorti sur la terrasse et s’était assis face aux montagnes. Lever du jour. De l’autre côté des sommets, une lumière laiteuse. Il avait mis longtemps à se calmer, les regards fixés sur les paysages impassibles, comme si les émotions refusaient de refluer, comme si les marées ne pouvaient plus abandonner les territoires conquis.
De toute la journée, il n’avait pu se libérer de ces troubles puissants, ces chaleurs d’âme. Il avait relu sur son écran toutes ces pages remplies et il n’avait même pas pu retrouver la trace dans sa mémoire des réflexions menées. Il lui semblait que tout cela lui avait été offert. Une incompréhension totale.
C’était un mercredi. Il n’avait pas classe. Il s’était accordé une sieste. Un rêve étrange, des souvenirs très précis, une voix, aucune image distincte mais une impression de douceur inoubliable.

«Ne crains rien. »

Il ne lui restait que cette phrase et ce sentiment d’être protégé … Dans le tourbillon de sa vie, quelqu’un veillait sur lui.


























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